Couper ses pertes : le pour et le contre

08 mars 2018 par Banque Nationale
Homme faisant tomber des dominos

On lit parfois qu’il n’est pas bon d’intégrer un modèle qui limite les pertes (MLP ou Stop-Loss Model en anglais) dans une stratégie de gestion active. Le principal argument de cette position est qu’il est difficile, voire impossible, de définir une règle ou d’identifier un niveau de coupure qui fonctionne bien et de façon régulière.

Bien que cet argument soit largement reconnu comme étant vrai, nous ne connaissons aucun  trader professionnel à succès qui n’utilise pas un MLP. Nous penchons donc en faveur de l’argument que les MLP comportent plus d’avantages que d’inconvénients.

Il n’existe pas de recette universelle permettant de déterminer un MLP idéal, car un MLP adéquat doit tenir compte (1) de votre modèle « d’entrée » (i.e. comment vous générez vos signaux d’achat et de vente) et (2) des conditions de marché (par exemple, le niveau « idéal » de perte limite devrait être fonction de la volatilité du marché sur lequel vous transigez). Il est néanmoins possible d’établir un cadre analytique qui vous aidera à y parvenir.

Premier fondement : 2 – 1 ≠ 0 + 1

Les avancées de la finance comportementale ont permis d’en apprendre beaucoup sur la psychologie de la prise de risque. Un des constats les plus largement acceptés est que les investisseurs présentent un biais émotif qui les fait hésiter à reconnaître une erreur et réaliser (« encaisser ») une perte. Des expériences ont démontré que la plupart des gens présentent une charge émotive plus marquée lorsqu’ils perdent quelque chose que lorsqu’ils gagnent. Transposé au monde de la gestion active, cela signifie que la plupart des investisseurs  vont hésiter à reconnaître qu’ils ont eu tort et vont « traîner » une position perdante trop longtemps, car ils ne veulent pas être mis face à la réalité de réaliser une perte. Les bons traders professionnels sont parvenus à reconnaître et à surmonter ce biais psychologique.

Le meilleur exemple de ce biais est illustré par une expérience sur des groupes de singes consistant d’abord à donner une banane à chaque singe. Tel que prévu, tous ont apprécié ce cadeau. Dans un deuxième temps, après une petite période d’attente, les expérimentateurs ont présenté aux mêmes singes deux bananes, mais ils en retiraient une tout juste avant que le singe puisse la saisir. Invariablement, les singes se sont montrés très mécontents… même s’ils se retrouvaient finalement avec une banane en main, comme dans la première partie de l’expérience.

Une étape cruciale de votre programme visant à améliorer votre stratégie de gestion active consiste à faire preuve d’humilité, à reconnaître que vous allez toujours être exposé au risque de faire de mauvaises transactions, à couper les pertes lorsque vous pensez vous être trompé… et surtout, à ne pas regretter d’avoir coupé la perte si le prix du titre que vous transigez repart dans la bonne direction.

Deuxième fondement : tout est une question de statistique

Les traders professionnels se trompent souvent. Leur succès vient du fait que leurs erreurs leur coûtent moins cher que ce que rapportent leurs bons coups. En d’autres mots, ils s’arrangent pour mettre en place un MLP faisant en sorte qu’en moyenne leurs gains soient plus élevés que (la valeur absolue de) leurs pertes. Avec une telle « discipline statistique », vous saurez — graduellement, avec le temps — calibrer votre MLP en fonction de votre style de gestion active ainsi que des conditions de marché. Concrètement, vous pouvez mesurer l’amélioration de votre stratégie découlant de votre MLP en place en utilisant le ratio suivant (souvent appelé le Ratio Omega ; RO), que plusieurs traders professionnels — et leurs patrons — suivent de près :

Ratio Omega

Par exemple, si votre Taux de succès (i.e. le pourcentage de vos transactions se soldant par un profit) est de 60 % — notez que les bons traders professionnels affichent un Taux de succès se situant entre 55 % et 60 % en moyenne à long terme — et que votre Ratio de profitabilité est de 2 (i.e. votre profit moyen est le double de la valeur absolue de votre perte moyenne), alors votre RO est de 3, ce qui est vraiment très bon :

Exemple Ratio Omega

Il est facile de calculer votre RO : il suffit que vous teniez un registre du résultat de chaque transaction que vous faites afin de calculer votre Taux de succès et les moyennes des profits et des pertes réalisés.

Le tableau suivant montre les RO possibles pour différents scénarios « réalistes » de gestion active :

Tableau de Ratios Omega pour différents scénarios

 

En haut à droite, nous retrouvons « les frappeurs de simples », soit ceux et celles qui ont un très bon Taux de succès (67 % dans l’exemple), mais qui gèrent plutôt mal leurs pertes (Ratio de profitabilité de 1), de sorte qu’ils se retrouvent avec un RO de 2,0, un résultat quand même très respectable. En bas à gauche, on retrouve les « frappeurs de circuits », qui ont un faible Taux de succès (33 % dans l’exemple), mais qui ont développé un MLP très efficace (Ratio de profitabilité de 4), de sortent qu’ils se retrouvent avec le même RO de 2,0 en dépit du fait qu’ils se trompent souvent.

En résumé, bien qu’il n’y ait pas unanimité sur le sujet, ce qu’on observe chez les traders professionnels encourage  la mise en place d’un modèle de limitation des pertes. Il n’existe toutefois pas de recette magique pour déterminer quel devrait être votre MLP, car ce dernier dépend de votre style de gestion active et des conditions de marché. Il existe toutefois des guides, tels que le Ratio Omega (ou une autre mesure statistique de la sorte), vous permettant de mesurer votre progression. Par la suite, plusieurs essais et erreurs ainsi qu’une bonne dose de patience vous permettront de déterminer et calibrer quel MLP vous convient le mieux.

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