L’analyse fondamentale des actions

12 juin 2018 par Banque Nationale
L’analyse fondamentale des actions

Nous avons décrit dans un précédent article, un processus complet de construction de portefeuille. Nous présentons maintenant plus de détails sur la sélection des actions au moyen de l’analyse fondamentale (AF).

1- Qu’est-ce que l’analyse fondamentale d’une action ?

Peu de principes de placement font davantage l’unanimité que le suivant : la valeur d’un actif financier correspond à la valeur actuelle des flux monétaires futurs qu’il versera.

Dans le cas d’une action, sa valeur (ou « valeur intrinsèque ») équivaut à la valeur actuelle des dividendes futurs[1]. Puisqu’il n’y a pas l’unanimité sur les dividendes futurs ni sur le taux d’actualisation, le prix d’une action fluctue selon les nouvelles qui touchent la compagnie, de sorte que le prix de l’action oscille autour de sa valeur intrinsèque (la « vraie » valeur). L’analyse fondamentale (AF) consiste à analyser les facteurs qui influencent la situation de l’entreprise à court et long terme, comme l’impact sur les bénéfices d’une scierie qu’aurait une éventuelle hausse des tarifs douaniers sur le bois d’œuvre.

2- L’analyse fondamentale implique différents types d’analyses.

On y retrouve l’analyse macroéconomique (la plus générale), l’analyse sectorielle ainsi que l’analyse des facteurs propres à la compagnie (la plus spécifique).

Du point de vue macroéconomique, l’analyste tentera de déterminer trois choses :

 

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  1. Est-ce que la croissance économique sera plus élevée ou moindre que les attentes ?
  2. Est-ce que l’inflation sera plus élevée ou moindre que les attentes ?
  3. Est-ce que les investisseurs seront enclins à prendre plus ou moins de risque à l’avenir qu’actuellement ?

Si l’activité économique (c.-à-d. la croissance économique) se révèle meilleure que prévu, le cours1des actions devrait augmenter, car les bénéfices devraient être plus élevés que ceux anticipés.

Le cas de l’inflation est plus subtil. En général, le prix des actions souffre un peu lorsque l’inflation se montre supérieure au niveau prévu, car bien qu’elle ait tendance à faire croître les bénéfices, elle agit aussi en sens inverse en faisant augmenter le taux de rendement requis sur les investissements en actions.Si l’activité économique (c.-à-d. la croissance économique) se révèle meilleure que prévu, le cours des actions devrait augmenter, car les bénéfices devraient être plus élevés que ceux anticipés.
Enfin, lorsque les investisseurs affichent davantage de tolérance au risque (par exemple lorsqu’une menace de guerre s’estompe, comme ce que suggèrent les nouvelles sur la Corée du Nord), le cours des actions va généralement augmenter.

Sur le plan sectoriel, l’analyse fondamentale se concentre sur :

  1. L’attrait de ses produits ou services auprès des clients (exemple : l’ergonomie des premiers iPhones) ;
  2. Les avantages concurrentiels de l’entreprise (exemple : l’avantage technologique d’Amazon) ;
  3. La situation de l’entreprise en ce qui concerne ses fournisseurs et ses employés (exemple : les fabricants de batteries qui déploient de gros efforts pour sécuriser leur approvisionnement en cobalt) ;
  4. La venue possible d’un produit ou service substitut ou d’une technologie perturbatrice (exemple : l’industrie du taxi suite à l’arrivée de Uber).

Finalement, en ce qui a trait aux facteurs spécifiques, l’AF vise surtout la rentabilité de la compagnie. Il ne s’agit pas seulement de calculer les marges bénéficiaires et les ratios afférents[2], mais aussi de déterminer pourquoi ils se trouvent à ce niveau et comment ils devraient évoluer.

Parvenir à faire une meilleure estimation que « le marché », quant aux expectatives de croissance des bénéfices, demeure l’élément crucial pour mesurer et tirer profit de la surévaluation ou de la sous-évaluation d’une action. Par exemple, supposons qu’on estime une croissance annuelle de 4 % des bénéfices et qu’on exige un rendement annuel de 10 % sur une action. Si l’analyste pense plutôt que la croissance atteindra 6 % et qu’il a raison, on peut montrer que le cours de l’action est sous-évalué de plus de 50 % !

3- Mise en garde.

Les principes de l’AF et les exemples présentés ci-dessus sont simples, ce qui peut laisser croire qu’il est facile de déterminer si une action est surévaluée ou sous-évaluée. Détrompez-vous : il est difficile de battre systématiquement le consensus du marché que le cours d’une action reflète.

Cet article se veut un survol de l’AF du prix d’une action. La sélection de titres par l’AF constitue une approche sérieuse et valable qui est très répandue chez les professionnels du placement. Si vous désirez approfondir le sujet, il existe plusieurs bons livres dont voici quelques exemples (malheureusement, ces livres ne sont pas disponibles en français) :

  • Introduction : Krantz, Fundamental Analysis for Dummies, 2016
  • Un classique : Graham and D. Dodd, Security Analysis, 6e édition, 2009
  • Les ratios financiers: Tracy, Ratio Analysis Fundamentals, 2012

Édité par Pierre Laroche

 

[1] Certains diront qu’il dépend aussi du prix futur auquel il sera revendu ; c’est vrai, mais ce prix futur correspondra lui-même à la valeur actualisée à ce moment des dividendes subséquents.

[2] L’analyse des ratios financiers constitue un élément important de l’AF, mais elle sort du cadre de ce court article.

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